Alexandra Fregonese, présidente et fondatrice des laboratoires Innovi (implantés à Layrac et société du Groupe français Anjac Health & Beauty depuis 2018) spécialisée dans l’innovation appliquée aux domaines de la nutrition, de la santé et de la beauté, a dirigé des projets visant à développer des alternatives au sucre, des solutions contre la malnutrition infantile et des produits alimentaires fonctionnels.
En 2025, Alexandra Fregonese a déposé son 27e brevet pour « son » Süvy, un substitut au sucre révolutionnaire, déjà entré dans le quotidien de nombreux consommateurs.
Selon les données publiées en novembre 2024 par The Lancet, revue scientifique médicale britannique, 589 millions d’adultes dans le monde âgés de 20 à 79 ans, sont diabétiques, soit une personne sur neuf et quatre fois plus qu’en 1990. Les prévisions sont alarmantes car elles estiment à 853 millions de personnes atteintes de diabète d’ici 2050. La mise sur le marché de Süvy est donc salvatrice pour des millions de diabétiques à travers le monde ?
Alexandra Fregonese : Süvy est en effet salutaire pour les diabétiques. Un monsieur m’a dit : « Ma femme peut enfin me refaire des gâteaux que je n’avais pas mangé depuis dix ans ! ». Ce monsieur avait peur de partir sans goûter à nouveau ce qui avait généré chez lui des émotions. Mais Süvy ne s’adresse pas qu’aux diabétiques. Aujourd’hui, un enfant de 8 ans consomme plus de sucre que son grand-père ! (la consommation moyenne de sucre en France aujourd’hui est de 35 kilos de sucre par an et par habitant. La France se situe au-dessus de la moyenne mondiale avoisinant les 20 kilos par an et par habitant mais bien loin derrière Singapour avec ses 85 kilos par an et par habitant !).
Nous sommes aujourd’hui dans une guerre permanente où les gens doivent faire constamment attention à leur physique. Nous gagnons tous les ans trois mois d’espérance de vie et les scientifiques pensent que la personne qui vivra 150 ans est déjà née ! Si une personne est diabétique à 60 ans et qu’il lui reste 90 ans à vivre, le chemin va être long ! Mais pour un enfant de 8 ans, la probabilité n’est pas d’être diabétique à 60 ans mais de l’être bien plus tôt !
En quoi Süvy s’avère un produit révolutionnaire ?
A.F. : Süvy est un produit révolutionnaire parce que c’est la première fois, depuis 700 ans, que le sucre a un remplaçant. C’est aussi une révolution parce que l’industrie agroalimentaire n’en n’est pas à son premier essai. Elle essaie depuis 146 ans. Les essais sont restés infructueux parce qu’ils ont simplement tenté de reproduire le goût avec des édulcorants intenses. Pour la première fois, nous avons un produit qui remplace le sucre dans toutes ses fonctions (près de 32). La substitution est totalement indolore : mêmes recettes, mêmes temps de cuisson, mêmes proportions, mêmes résultats. La plus grande révolution c’est que lorsque l’on a passé le cap du Süvy, le retour au sucre n’est pas possible. Süvy remplit tellement toutes les fonctions que l’on ne reviendrait au sucre que pour revenir chercher les maladies métaboliques associées ! On dit toujours que la marque d’une révolution, on la voit quand, une fois le cap franchit, le retour en arrière n’est plus possible. Lorsque l’électricité est arrivée, plus personne ne s’est éclairé à la bougie. Quand la voiture est arrivée, il n’y a plus eu de calèche.
Un dossier Süvy est-il parti au ministère de la Santé ?
A.F. : Ce n’est pas nécessaire de le faire partir. Ils connaissent. Süvy, c’’est deux syllabes : sü et vy, le sucre qui préserve la vie et deux points sur le u qui matérialisent les deux composants. Toutes les autorités sanitaires mondiales connaissent ces fameux deux points qui représentent les deux produits et le connaissent depuis 60 ans. Ces fameux deux points ont déjà fait l’objet de trois évaluations tous les 20 ans parce que tous les 20 ans, les autorités sanitaires ont l’obligation de réétudier un dossier à la lumière des nouvelles données scientifiques, ce qui permet aujourd’hui au Süvy de pouvoir être exporté dans tous les pays, sans aucune restriction réglementaire. Et c’est cela qui nous sécurise. Autre aspect sécurisant, c’est le fait que les autorités sanitaires, pour toutes les matières, déterminent une ADI qui est un seuil et le seuil du sucre a été fixé par les autorités sanitaires à 25 grammes par jour. Le seuil de l’aspartame est de 0,68 gramme par jour ; la stevia, 0,48 gramme par jour. Concernant le Süvy, les autorités sanitaires disent : « non spécifié », c’est-à-dire que l’on ne fixe pas de limite parce que l’on peut en consommer tous les jours en grande quantité et jusqu’à la fin de votre vie, sans s’exposer à l’apparition de maladies. C’est une chance inouïe !
Concernant vos projets d’extension, allez-vous rester fidèle à Layrac?
A.F. : Nous allons nous étendre. Nous venons d’acheter 5 hectares qui sont situés à proximité donc l’objectif est de s’étendre de ce côté-là. Nous venons aussi de signer le compromis de la cave du Bruilhois. Nous allons nous agrandir sur Layrac. En revanche, Layrac ne peut pas abriter l’intégralité de la croissance. Nous restons dans le Lot-et-Garonne car je suis très attachée à cela mais nous achetons un autre bâtiment qui va nous permettre de déployer et d’avoir des capacités de productions qui vont être supérieures. Après ce troisième bâtiment, nous en construirons trois autres qui seront sur la TAG. Nous avons un bâtiment sur Boé (les anciens bâtiments GIFI) et nous sommes en train de voir également les anciens bâtiments d’Ultra Premium Direct (situés à l’Agropole) datant de 2024.
Vos laboratoires comptent aujourd’hui une cinquantaine de salariés. Projetez-vous de recruter du personnel dans les années à venir ? Quels postes seraient concernés ?
A.F. : Le recrutement est inévitable. Il n’y a pas de services qui ne sont pas concernés : de la logistique, en passant par la maintenance, la production, le conditionnement, le marketing, la communication, la qualité, le réglementaire, le commercial, l’informatique, les ressources humaines… D’ici 12 mois, nous devons recruter 120 personnes.
Avec une extension du marché, peut-on espérer, dans les années à venir, une baisse du prix de Süvy ? (1 sachet de 250 gramme coûte 6 euros, Ndlr)
A.F. : C’est une certitude ! La difficulté porte sur la production.
Lorsque vous étiez jeune, est-ce que vous aviez un rapport au sucre qui était très addictif ou n’étiez-vous pas une grande consommatrice de sucre ?
A.F. : Je ne me nourrirai que de produits sucrés ! Aujourd’hui, je ne mange que des produits qui ont le goût du sucre parce que je fais des tests tous les jours.
Quel est votre dessert sucré préféré ?
A.F. : Malheureusement, je n’en ai pas qu’un ! J’adore les crêpes, les gaufres, les glaces… Je ne me dis pas : ça, je n’aime pas !
La meringue est un dessert très sucré donc le Süvy a toute sa place dans la confection de ce dessert ?
A.F. : Non seulement, il a toute sa place mais cela lui donne aujourd’hui une stature, des lettres de noblesses qu’elle n’a jamais eues. Nous pouvons aujourd’hui placer les meringues à un niveau qui n’a jamais été celui des meringues. Il est fréquent que les sportifs, le matin, gobent du blanc d’œuf parce que la protéine la plus complète, la plus digeste, est celle qui permet de produire le plus de masse musculaire. Aujourd’hui, une meringue c’est du blanc d’œuf et du sucre. A partir du moment où l’on enlève le sucre et que c’est du blanc d’œuf avec des fibres pour soutenir la santé intestinale avec des prébiotiques d’exception, le blanc d’œuf se remplace aujourd’hui par une meringue Süvy et c’est beaucoup plus facile à manger, beaucoup plus agréable et beaucoup plus facile à amener à la salle de sport. Avant, la meringue était reléguée au rang de choses un peu additives, de petits desserts annexes alors qu’aujourd’hui, cela devient, pour certains, la base de leur alimentation. Süvy ressuscite des produits condamnés par le sucre ! Je pense, notamment, au lait concentré sucré. Plus personne aujourd’hui ne mange du lait concentré sucré. Non pas parce que ce n’est pas bon mais parce que c’est condamné par le sucre. Le sucre a condamné certains produits de notre patrimoine culinaire et aujourd’hui, Süvy ressuscite ces produits-là. Ce sont des choses qui allaient tomber en désuétude dans notre patrimoine culinaire et qui reviennent avec toutes leurs lettres de noblesse.
Quel est votre avis sur la taxe sur les sucres ajoutés qui a été adoptée le 29 octobre 2025 ? Est-ce une bonne ou mauvaise chose ?
A.F. : Je ne me permettrai pas de porter un jugement là-dessus. Je dirais simplement que les gens se battent avec leurs outils. L’OMS a mis sous injonction tous les états en demandant à ce que d’ici 20250, on diminue notre consommation de sucre par deux. L’Etat n’a pas d’autres moyens que la répression fiscale mais pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certaine que la répression soit le meilleur moyen pour y arriver. Le mieux est d’inciter au changement sans que cela soit douloureux. Cela ne changera que si l’on a la possibilité de continuer à se faire plaisir.
Possédez-vous une formation en chimie et en cosmétologie ?
A.F. : Je n’ai aucune formation en chimie, en biologie et en cosmétologie. Mon parcours universitaire était dans un tout autre domaine : celui de la psychologie. Mon seul maître a été la passion, l’observation puisque mon premier brevet obtenu à l’âge de vingt-trois ans relevait du biomimétisme. Je n’ai rien inventé. J’ai juste essayé d’être observatrice, d’essayer de mimer, comme les enfants, le plus fidèlement possible, ce qui se faisait dans la nature.
Votre maman a travaillé dans la cosmétique. Vous a-t-elle transmis votre passion ?
A.F. : Clairement ! Elle m’a transmis ce que je suis. C’est elle qui l’a modelée, dès le premier instant, de par son exigence déjà, sa résilience et son sens de l’observation.
Vous la suiviez ? Vous regardiez ce qu’elle faisait ?
A.F. : Tout le temps ! Moi, par exemple, je n’ai pas fait de CP. Je suis passée de la maternelle au CE1. J’avais appris à lire, à écrire, à compter toute seule et après, je faisais mon programme scolaire en trois mois. Comme cela, j’avais la densité scolaire qu’il fallait sur le plan cognitif et cela m’évitait de rester toute l’année à l’école parce que je m’ennuyais. Le reste du temps, ma mère, qui était une femme intelligente, a joint l’utile à l’agréable. Elle formait des esthéticiennes et devait leur apprendre les gestes adéquats : mouvements ascendants sur le visage, descendants sur le cou etc. Elle m’a posée sur une chaise et moi j’ai appris la cosmétique comme si c’était une seconde langue. Les jonctions dermo-épidermiques, les cellules de Langerhans… c’était mon lot quotidien ! J’ai fait comme font tous les enfants. Les enfants sont très imaginatifs. Et moi, mon monde imaginaire, c’était d’inventer des fonctions à des cellules. Pour moi, une cellule de Langerhans, c’était un douanier, un policier. J’ai appris la cosmétique en transformant des choses dans le monde imaginaire d’un enfant. J’aurais appris la cosmétique à vingt ans, il n’y aurait pas eu ce transfert imaginaire.
Comment s’est opéré le transfert du cosmétique au sucre ?
A .F. : C’est un cheminement. Je me suis rendue compte que la peau était le reflet de notre métabolisme intérieur et je me suis donc intéressée aux compléments alimentaires qui sont des micronutriments (des vitamines, des minéraux, des oligoéléments…) mais en petite quantité. Et là, je me suis rendue compte qu’en fait, cela ne suffirait pas car ce sont les macronutriments (protéines, glucides, lipides) qui vont être aussi un soutien important car c’est la plus grosse part de notre alimentation. Et puis, Hippocrate, qui est le père de la médecine, disait toujours : « Que ton alimentation soit ta meilleure médecine ! Que ton aliment soit ta seule médecine ! Que ton aliment soit ton seul médicament! » Et donc, je me suis dit que j’avais fait une partie du chemin en m’intéressant aux compléments alimentaires et qu’il fallait maintenant que j’aille un peu plus loin en m’intéressant à l’alimentation donc, depuis 6-8 ans, nous produisons 2 000 tonnes par an d’aliments. Je viens du monde du complément alimentaire et pour moi, l’alimentation doit être nutritionnelle avant tout. Des personnes qui venaient me briefer sur un aliment ne me parlaient à aucun moment de nutrition. Ils me parlaient de prix, de goût et de conservation. Je savais que l’alimentation manquait de micronutriments et qu’il allait falloir l’enrichir. Les macronutriments et les micronutriments doivent faire partie intégrante de notre alimentation. Donc j’ai commencé à m’intéresser à l’impact de l’alimentation sur les signes cliniques des maladies et nous avons monté un laboratoire de recherche avec un laboratoire de culture cellulaire, un laboratoire de biologie moléculaire, un laboratoire de biologie cellulaire, un laboratoire d’immunohistologie et un laboratoire de microbiologie. Et j’ai commencé à regarder ce qui se passait. A chaque fois, le caillou dans la chaussure, c’était le sucre qui est l’une des causes racines de sept maladies sur dix. Et pour les maladies dont il n’est pas la cause racine (maladies infectieuses, maladies hormonales, maladies génétiques), il est un accélérateur. L’évolution sera corrélée à la dose de sucre absorbée. Je ne cherchais pas un remplaçant au sucre d’autant plus que depuis trente ans, on n’a jamais mis de produits sur le marché. J’ai voulu sortir quelque chose qui me gênait sur le plan de l’étude des maladies. Sur sept ans de recherche, je n’ai su que l’on était en présence du remplaçant du sucre que six mois avant le lancement. C’était un projet noyé au milieu des autres. Début 2025, Süvy n’était même pas prévu au budget !
Les laboratoires Innovi sont désormais bien ancrés dans le paysage entrepreneurial Lot-et-Garonnais. Quel message pourriez-vous adresser aux entrepreneurs frileux de venir s’implanter au sein de notre territoire ?
A.F. : La particularité lorsque l’on est installé dans des localités où l’on connaît le tissu économique local, c’est d’avoir accès à des personnes qui peuvent nous aider. On ne peut pas réussir tout seul. Je ne crois qu’en l’intelligence collective. Il faut être bien enraciné dans l’écosystème car c’est celui-ci qui nourrit. Plus un territoire sera dense, plus il y aura de compétitions et plus il sera difficile de créer du lien.
Lien : https://www.innovi.fr/
