Médecine classique Santé

Catherine Bouissou : « Il faut un consentement libre et éclairé ! »

De gauche à droite : Catherine Bouissou, auteure de l'ouvrage "on achève bien les soignants", Pascal Humbert, directeur du CGR Agen et Charline Jougla-Riu, soignante à La Candélie, suspendue également.

Interview de Catherine Bouissou, auteure de l’ouvrage « On achève bien les soignants »

Lors de la projection du film « Suspendus… Soignants entre deux mondes » le 25 avril dernier au CGR Agen dirigé par Pascal Humbert, Catherine Bouissou a animé le débat en compagnie de Charline Jougla-Riu, soignante à La Candélie, suspendue également. 

Quel est votre parcours professionnel ?

C.B. : Je suis infirmière coordinatrice en soins palliatifs à l’hôpital de Castres. J’avais, au départ, une formation de laborantine puis j’ai travaillé à Paris comme auxiliaire de vie avant de rencontrer le père de mes enfants et de me consacrer à leur éducation. Puis j’ai élevé seule mes enfants à Toulouse où j’ai exercé différents métiers, toujours en lien avec le soin et les laboratoires. Lorsque mes enfants ont grandi, j’ai passé un diplôme d’ambulancière puis le DSA et celui du SMUR. J’ai travaillé cinq ans pour une compagnie d’ambulance privée. Mes parents et mes enfants m’ont encouragé à retenter le concours d’infirmière que j’avais passé à 18 ans mais que je n’avais pas obtenu. J’ai donc passé mon DE à 42 ans. J’ai obtenu mon diplôme en 2009. Sur 1 000 candidats, je suis arrivée 25ème au classement. J’avais toujours rêvé de devenir infirmière !

Comment se sont passés les soins pendant la crise sanitaire ? Possédiez-vous des équipements suffisants ?

C.B. : Ils ont annulé tout ce qui était programmé. Ils ne recevaient que de la Covid. Dans la logique, on doit changer de masque, de surblouse, de gants entre chaque patient mais nous gardions le même masque chirurgical. Un FFP2 coûte beaucoup plus cher. Au mois de mars, j’avais été arrêtée car je devais subir une intervention chirurgicale. Quand j’ai fait pression auprès de la clinique où j’ai été opérée, ils m’ont pris. Nous étions trois à être opérés. Tous les services étaient vides ! Il n’y avait pas beaucoup de patients atteints de Covid. Nous sommes montés, au plus haut, à une vingtaine de cas mais même s’ils décédaient d’une autre cause, ils étaient étiquetés Covid car ils avaient été positifs au virus.

Quand la vaccination obligatoire est arrivée, comment avez-vous réagi ?

C.B. : Ils ont d’abord proposé la vaccination au volontariat début 2021. Un virus apparu en décembre 2019 et un vaccin qui sort en 2020, j’ai pensé qu’il y avait anguille sous roche. Alors je me suis dit : « Pas question, je ne suis pas un cobaye »! Je préférais attraper la Covid, faire mon immunité mais je ne l’ai, à ce jour, jamais attrapé ! Je me suis rendue compte qu’il fallait en fait remplir une décharge avant la vaccination car on nous demandait notre âge, notre poids, notre taille, nos antécédents, nos allergies… Il était écrit en tout petit en bout de feuille qu’en remplissant ce document, nous consentions à recourir à l’injection.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous ?

C.B. : Me faire traiter d’assassin et d’incompétente alors que j’ai passé ma vie à essayer de prendre soin des autres ! J’aurais pu faire mes formations en visioconférence mais cela nous a été refusé. Qui sont les professionnels les plus appréciés ? Les infirmières et les pompiers. En arrivant à nous suspendre, ils ont fait passer le message comme quoi ils arriveraient à se passer encore mieux des non-essentiels. Des indépendants qui ont tout perdu, personne n’en parle. Il n’y a pas d’obligation vaccinale pour les policiers et les enseignants. Qui garderait les enfants pour aller au travail s’ils étaient nombreux à être suspendus ? Si on obligeait les policiers à se faire vacciner, qui défendrait le pays ? La Covid est arrivée au moment où les gilets jaunes s’apprêtaient à entrer à l’Élysée. Nous avons servi d’exemple, c’est flagrant. Toutes les règles ont été bafouées.

Je fais partie des personnes dites à « risque ». J’ai une hypertension sévère avec retentissement cardiaque et rénal. J’ai au moins trois comorbidités mais je ne voulais pas me faire vacciner pour autant. Puis le président a annoncé la vaccination obligatoire pour les soignants le 12 juillet 2021 avec une date butoir au 15 septembre. Le 14 septembre au soir, j’ai laissé mon service propre pour mon successeur (mais il n’y en a pas eu au bout du compte!) et j’ai dit au-revoir à tout le monde. Puis le lendemain, direction les urgences pour décompensation cardiaque. Je suis restée huit jours en clinique. J’étais en arrêt maladie et le 19 novembre 2021, j’ai revu mon médecin traitant qui m’a demandé si j’étais vaccinée. Elle a vérifié mon statut vaccinal sur le site de la CPAM et a découvert que je n’étais pas vaccinée. Elle m’a dit qu’elle ne devait pas arrêter les gens qui n’étaient pas vaccinés alors qu’elle me suivait depuis cinq ans pour mes problèmes cardiaques ! J’ai vendu mes bijoux, mes meubles, j’ai mis ma maison en vente. Ma mère et ma soeur payent le crédit de la maison pour ne pas que je sois à la rue J’ai arrêté de payer les factures, des huissiers ont sonné à la porte et j’ai eu des saisies sur compte. Je n’ai plus de traitement et je dois trouver un nouveau médecin pour renouveler mon ordonnance. Un médecin qui ne prenait plus de nouveaux patients a accepté de me recevoir et de renouveler mes ordonnances. Le centre social m’a refusé les bons alimentaires et je n’ai pas eu droit aux Restos du Coeur ni au Secours Populaire. En avril 2022, le RSA m’a été accordé à titre exceptionnel jusqu’en février 2023. Je leur ai dit que je n’avais pas le droit de travailler en tant que fonctionnaire et que j’attendais ma réintégration.

Comment ont réagi vos collègues ?

C.B. : Plus de 60 % de mes collègues de l’hôpital ne voulaient pas effectuer cette injection tant que ce n’était pas obligatoire et quand cela l’est devenu, il y a eu un afflux au vaccinodrome pour ne pas perdre leur poste. Certaines collègues sont allées se faire vacciner en larmes et m’ont dit : « J’ai l’impression d’avoir été violée ». D’autres ont décidé de vacciner les autres et ont été rémunérés entre 200 et 250 euros par demi-journée. Des médecins ont été de bonne foi. Si on me disait qu’il y avait une grave épidémie de type Ebola, je piquerai, pour ma part, gratuitement. J’aurais pu avoir un faux vaccin pour 200 euros. J’ai refusé car cela aurait signifié que je cautionnais et je n’aurais pas pu me regarder en face. Mais je comprends ceux qui l’ont fait car dans le monde médical, beaucoup d’hommes et de femmes vivent seuls. Dans les métiers du soin, les mariages ne tiennent pas beaucoup car nous sommes dévoués corps et âme à notre travail. Ce n’est jamais Noël pour nous. Je n’ai jamais pu accompagner mes enfants à des activités le mercredi. Et je suis en colère d’avoir accepté de suppléer au manque de personnel les week-ends.

Des collègues ont-ils pris des nouvelles durant votre suspension ?

C.B. : Certains collègues oui et ma chef de service m’a invité à son pot de départ à la retraite.

Allez-vous reprendre votre poste lorsque vous serez réintégrée ?

C.B. : Oui je veux reprendre mon poste. Je ne suis pas démissionnaire à 60 ans !

Comment réagissent vos anciens collègues au vu de votre future réintégration ?

C.B. : Certains ne veulent pas que l’on reprenne le travail et d’autres ont hâte que nous revenions.

Pouvez-vous quantifier le nombre de soignants suspendus ?

C.B. : Les vrais suspendus sont peu nombreux je pense mais il faut compter aussi les départs en retraite, les démissions et les mises en indisponibilité. Parmi les 130 000 personnes suspendues, on retrouve aussi des gendarmes, des pompiers, des militaires, des électriciens, des employées des pompes funèbres, des jardiniers…

Confirmez-vous le fait que des soignants vaccinés positifs à la Covid continuaient à soigner des malades ?

C.B. : Bien sûr et ce, depuis le début. Si nous étions asymptomatiques, on nous demandait de venir travailler quand même.

Comment a réagi votre famille face à votre décision de ne pas vous faire vacciner ?

C.B. : Très très mal. J’ai fait un AVC en 2018 et je leur ai dit que si je me faisais vacciner, je risquais d’en faire un nouveau. Mes enfants ont été choqués et m’ont donc conseillé de ne pas prendre ce risque-là. Deux de mes enfants se sont fait vacciner pour pouvoir être libre. Mes sœurs se sont fait vacciner rapidement. Plusieurs membres de ma famille ont été vaccinés et certains ont eu des problèmes. J’avais réussi à convaincre ma mère à ne pas se faire vacciner mais mes sœurs l’ont convaincue de faire l’injection après l’allocution du Président. Au départ, on m’a traitée de révolutionnaire et d’incompétente.

Qu’espérez-vous aujourd’hui ?

C.B. : J’attends que ce vaccin s’arrête. Si les gens veulent réaliser cette injection, il faut leur dire ce qu’il y a dedans et leur communiquer tous les risques potentiels. Il faut un consentement libre et éclairé.

Dernières minutes… Dernières minutes…

Notre combat continu !

Catherine Bouissou s’est à nouveau exprimée après le vote par l’Assemblée nationale le 4 mai dernier de l’abrogation de l’obligation vaccinale des soignants contre la Covid-19. Cette adoption du texte en première lecture a recueilli 157 voix pour et 137 voix contre cette abrogation.

Que ressentez-vous après ce vote ?

C.B. : Nous avons remporté une bataille mais pas la guerre. J’étais présente à l’Assemblée nationale au moment du passage de la loi de Jean-Victor Castor. Nous allons être réintégrés par une loi et non par un décret qui pouvait être suspendu à tout moment. Je félicite les députés d’avoir respecté la démocratie. Beaucoup de mes collègues ont déjà reçu leur recommandé. Quand le décret sera promulgué le 14 mai, ils nous laisseront 15 jours pour réintégrer le service. Notre combat continu car ils ont effacé nos vies pendant 18 mois et il va falloir qu’ils rendent des comptes. Nous allons nous battre avec le SLS (Syndicat Liberté Santé)  pour être indemnisés. N’oublions pas que Joël Mathurin (directeur de cabinet de Jean-François Carenco, ministre délégué chargé des Outre-mer avait proposé aux syndicats de majorer des départs à hauteur de 40 000 euros minimum !

« On achève bien les soignants »

Catherine est tombée dans la marmite du soin très tôt puisqu’elle accompagnait, enfant, son père, infirmier, lors de ses tournées de soins et lorsqu’elle fut envoyé en pensionnat à 7-8 ans avec sa sœur elle devint la « petite infirmière » qui apportait une tisane chaude ou un cachet d’aspirine aux sœurs et aux pensionnaires souffrantes, mission qu’elle prendra très à cœur dans le souci de ne pas décevoir la Mère supérieure qui l’avait prise sous son aile. Premiers balbutiements d’un sacerdoce dont elle allait payer le prix fort et la sage infirmière allait devenir une lionne dans une jungle médicale qui, faute de moyens, est en train de perdre le sens du soin et de l’humain. Ce premier ouvrage intitulé « On achève bien les soignants » regroupe 13 témoignages (éducateur, infirmières, secrétaire médicale, aide-soignantes, psychologue, gendarme, bénévole au sein d’une maison de retraite) édifiants. Un second tome rassemblant 120 témoignages cette fois va bientôt sortir. « Dans le premier tome, les gens avaient honte de témoigner » avoue Catherine Bouissou qui est passée dans l’émission télévisée « L’Heure des Pros » de Pascal Praud sur Cnews le 8 décembre. Elle fut aussi l’invitée d’André Bercoff le 5 mai dernier sur l’antenne de Sud Radio dans l’émission « Bercoff dans tous ses états ».

Véronique David

Journaliste
Après un diplôme de psychologie et un DU de Japonais, j’ai préparé un diplôme de Naturopathie-homéopathie avec la faculté Libre de Médecine Naturelle et d’Ethnomédecine de Paris XV ainsi qu’une formation de correctrice avec le Centre d’Écriture et de Communication de Paris V qui m’a aussi formée aux techniques journalistiques. Dans le même temps, j’ai rédigé des articles pour différents journaux et administrations (Mairie d'Agen, Conseil départemental de Lot-et-Garonne, Actif Formation...). J’ai aussi travaillé au sein de divers organismes (Caf, Pôle Emploi, ODAC, MEDEF, ENAP…) dans le domaine du secrétariat et préparé une formation de praticienne en coaching de Vie. Dans un tout autre domaine, je suis officier de réserve citoyenne dans l’Armée de Terre depuis une dizaine d’années. J’ai appris au fil du temps que « toutes les batailles de la vie nous enseignent quelque chose, même celles que nous perdons » (Paulo Coelho). Rêvons en grand, soyons audacieux et bâtissons l’impossible !

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